PIKE!

Hier soir, j'ai revu Brazil, et je suis Sam Lowry.


Dans un monde absurde de paperasse, de tuyaux, et de hiérarchie,
je choisis mes amis parmi les chauffagistes révolutionnaires,
et quand je ferme les yeux, c'est un english ever green
que que survole depuis le milieu des nuages,
dans une armure de chevalier céleste et épique.

Il y a toute une génération de musiciens, que je respecte infiniment,
pour lesquels la musique et l'improvisation
doivent être un endroit de résistance et de colère.
Résistance oui, mais elle sera poétique pour moi,
car ma colère n'est certainement pas ce que je veux montrer,
elle est bien trop destructrice.
Elle poindra ça et là dans les compositions,
à travers un riff, un spot sur la batterie, ou une évocation,
mais elle ne sera pas moteur.
En tout cas pas pour ce programme !

Un accord qui ouvre sur un paysage inattendu,
un accord qui serait le sommet de la montagne qu'on atteint et qui ouvre sur autre chose, ou un rocher qu'on dépasse et qui ouvre sur un inattendu,
comme chez Schubert, comme chez Metheny, chez Bowie ou Barbara.
Beyond the Missouri Sky, Over the Hills and Far Away,
un bel enchaînement d'accords, une mélodie que je peux chanter en marchant, 
c'est ça que j'aime dans la musique, 
c'est ce qui, dans la musique des autres, me donne envie de jouer avec eux, 
c'est ce qui me donne envie de faire de la musique tout court, 
et c'est ça que j'ai envie de raconter dans la mienne,
 puisque je découvre, à 40 ans passés, que j'ai quelque chose à raconter...

PIKE ! 

C'est un quartet, 

qui potentiellement veut jouer à 5.

Le quartet fonctionne tout seul: 2 sax, basse, batterie, une formule que j'affectionne particulièrement depuis Two of a Mind, merveilleux disque enregistré par Paul Desmond et Gerry Mulligan, au beaucoup plus contemporain Endangered Blood où sévissent Chris Cheek, Oscar Noriega, Trevor Dunn et Jim Black.

Une telle formation permet tout d'abord une certaine ouverture harmonique, qui implique également pour les soufflants de faire vivre la musique quand ils ne jouent pas les thèmes ou quand ils n’improvisent pas. Par ailleurs, cette épure permet de développer une écriture chambriste, où les 2 voix sont intiment intriquées (comme références me viennent à l'esprit les voix de violon et de violoncelle dans le trio de Tchaikovsky, ou l'écriture pour 2 sax de Mingus dans Alice's Wonderland).

Mais mon secret désir, c'est que ce quartet accueille des invités, qui pourront naviguer entre les voix, les enrichir, et élargir le spectre. Je pense à des gens, mais je garde le secret pour le jour où ça se fera !

PIKE ! 

Qui dit quartet dit... 4 musiciens.


Alexis Dombrovzsky. Je le rencontre donc chez lui, puisque c'est là qu'on répète. Lui joue donc des sax ténor et soprano, et vient plus du free. Ca me plaît, car il va amener ce vent-là sur la musique. Mais il maîtrise aussi très bien le vocabulaire de la tradition, et voue une affection particulière aux musiques traditionnelles, surtout nord-africaines, énorme atout, car si elles ne sont pas au centre du projet, elles ne sont pas loin en périphérie. En plus il est super gentil, c'est peut-être un détail pour vous, mais ça compte énormément pour moi.

Il manque donc un 4ème camarade de jeu.

J'aurai pu jouer la carte de la jeunesse, ou de la parité, pour avoir plus de chance de choper des subventions. Mais je jouerai la carte de l'amitié, et l'inscription de la musique dans l'histoire du jazz. La musique que j'ai écrite ne cadre pas avec les canons de la tradition. La pop y est je crois très présente, la musique traditionnelle aussi, et j'ai dans les oreilles l'influence d'un Marc Ducret ou d'un Magik Malik (pour ne citer qu'eux). Mais je souhaite un ancrage dans le vocable jazz. Ce va et vient, ou cette dualité, est à mes yeux essentielle. Savoir d'où on vient, et regarder devant. C'est pourquoi je ferai appel à...

Sébastien Texier. Il est ma "carte Paul Desmond". Il a d'abord un immense savoir faire d'accompagnateur, il sait inventer des 2èmes voix magiques, et maîtrise le vocabulaire sur le bout des doigts. Par ailleurs, sur le plan du spectre, il amène l'alto, mais aussi les clarinettes en Sib et Mib. Il est évidemment un être humain charmant (toujours pas un détail pour moi!), et enfin, et surtout, à chaque fois que j'entends Seb jouer, il m'embarque loin, loin, loin... J'aime sa poésie, j'aime son discours, et j'ai envie de savoir ce qu'il a à raconter sur les morceaux que j'ai écrit.

PIKE ! 

Pourquoi PIKE?

Un nom qui a comme point de départ une blague sur le macronisme. Explication : 

Ces morceaux, composés entre le printemps 2018 et le confinement 2020, constituent mon tout premier répertoire, et pour lui, « ce que je veux, c'est aller partout en France, et le faire gagner, parce que c'est mon projet » . 

Dites le en criant un peu, « projet », devient « brochet », l'image de Macron avec un brochet dans les bras qu'il trimballerait partout en France pour le faire gagner est trop drôle... j'en ris encore rien que d'y penser...

Projet, brochet... « Pike », en anglais, ça sonne un peu comme le prénom d'un des potes de la bande, le nom du groupe est évident. En plus, si vraiment mes camarades et moi pouvions aller partout en France et vivre de notre métier (aujourd'hui, le 6 juin 2020, ce n'est pas franchement gagné), ce serait beau.

Longue vie à PIKE!